Newsletter de décembre 2010
QUI EST JESUS DE NAZARETH ?
Editorial n°44 – Décembre 2010
Connaissons-nous réellement Jésus, le Messie, notre Messie et les prophéties rattachées à sa vie ? Il est bon et vital de connaître
le Nouveau Testament tout comme l’Ancien Testament pour mieux comprendre les plans de Dieu pour l’humanité et son Amour infini pour
les hommes qui nous a donné Jésus, notre Sauveur.
Dans le livre du Deutéronome, les promesses messianiques sont différentes des autres livres de l’Ancien Testament : Jésus n’est pas
présenté comme le Roi d’Israël ou du monde, ni comme un nouveau David mais comme un NOUVEAU MOÏSE, Moïse étant présenté comme un
prophète.
« L’Eternel, ton Dieu, te suscitera du milieu de toi, d’entre tes frères, un prophète comme
moi : vous l’écouterez ! » (Deutéronome 18,15) Découvrons Jésus, ce nouveau Moïse…
VOIR DIEU FACE A FACE
« Il ne s’est jamais levé en Israël un prophète comme Moïse, lui que le Seigneur rencontrait
face à face » (Dt 34,10)
Ce qui caractérise Moïse : ce ne sont pas ses œuvres, ses miracles, les épreuves dans le désert… mais c’est qu’il a parlé à Dieu comme à
un ami
« face à face » (Exode 33,11). C’est uniquement de là que pouvaient venir ses œuvres,
c’est là que s’enracinait la Loi devant indiquer à Israël la voie à suivre dans l’histoire.
Il est clair alors que le prophète n’est pas la variante israélite du devin, comme on l’a souvent considéré et comme de faux prophètes se
concevaient eux-mêmes. C’est autre chose ! Il n’est pas là pour communiquer des événements de demain ou d’après-demain et pour satisfaire
ainsi la curiosité ou le besoin de sécurité. Il est là pour nous MONTRER LE VISAGE DE DIEU, nous indiquer le chemin à suivre, celui qui mène à
Dieu car c’est là la véritable voie qu’il faut prendre.
« L’Eternel dit : Tu ne pourras pas voir ma face, car l’homme ne peut me voir et vivre … Et lorsque
je retournerai ma main, tu me verras par derrière, mais ma face ne pourra pas être vue. » (Ex 33,20.23)
Moïse désirait contempler la Gloire de Dieu, il désirait voir le visage de son Dieu mais il ne lui sera donné de ne voir que son dos. Ce que
Moïse n’a obtenu de voir réellement et directement, c’est le visage de Dieu et de fait de pouvoir ainsi parler à partir de cette pleine vision
(Paul disait aux corinthiens
« Aujourd’hui nous voyons au moyen d’un miroir, d’une manière obscure, mais alors
nous verrons face à face ; aujourd’hui je connais en partie, mais alors je connaîtrai comme j’ai été connu. » 1Co 13:12) Ce nouveau
Moïse sera le Médiateur d’une Alliance supérieure à celle que Moïse a pu rapporter du Sinaï (cf. Hébreu 9,11-24)
« L’Eternel, ton Dieu, te suscitera du milieu de toi, d’entre tes frères, un prophète comme moi : vous
l’écouterez ! » (Deutéronome 18,15) Israël peut désormais espérer un nouveau Moïse. Une nouvelle dimension eschatologique s’est ouverte.
La marque de ce nouveau prophète : il rencontrera Dieu face à face, il y aura une proximité avec Dieu telle, qu’il pourra communiquer,
sans intermédiaire et donc sans altération, la volonté et la parole de Dieu.
« Personne n’a jamais vu Dieu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, est celui qui l’a fait
connaître. » (Jn 1,18) C’est en Jésus que s’accomplit cette promesse du nouveau prophète. En Lui se réalise ce qui était inachevé en
Moïse : Il vit devant la face de Dieu, non seulement en qualité d’ami, mais en qualité de Fils, il vit dans l’union la plus intime avec le Père.
Pour comprendre Jésus, il ne faut pas omettre cela : son enseignement ne vient pas d’un enseignement humain, mais donné avec autorité et venant
directement du Père. Il provient de ce contact direct avec le Père, du dialogue, du
« face à face » ,
de la vision qui est dans
« le sein du Père » (Jean 1,18).
« En
vérité, en vérité, je vous le dis, le Fils ne peut rien faire de lui–même, il ne fait que ce qu'il voit faire au Père ; et tout ce que le Père
fait, le Fils aussi le fait pareillement » (Jn 5,19). Ce
« face à face » avec Dieu, avec le
Père, donne à Jésus de voir et de connaître la volonté même du Père et de la réaliser.
« Ma nourriture c’est
de faire la volonté de celui qui m’a envoyé » dira Jésus (Jn 4,34) Jésus se retira souvent sur la montagne pour prier, seul avec le
Père, dans ce
« face à face » avec Lui et recevoir toute chose de Lui.
Nous devons voir Jésus à partir de sa communion au Père, qui est le centre proprement dit de sa personnalité. Sans cette communion, nous ne
comprenons rien et grâce à elle, le Christ se rend présent à nous encore aujourd’hui.
Moïse a été aussi celui qui reçut la Torah et qui la donna au peuple…
JESUS LA NOUVELLE TORAH
Pour mieux
« comprendre » les Ecritures, il nous faut nous plonger dans l’Ancien Testament pour mieux
comprendre le Nouveau Testament et inversement… Les évangélistes ont souvent recourt à l’Ancien Testament en faveur de Jésus. Toutes les
Ecritures se réfèrent à Lui (Lc 24,25s).
L’évangile de MATTHIEU nous présentera Jésus comme le nouveau Moïse, en particuliers dans le discours sur la montagne
« Voyant la foule, Jésus monta sur la montagne ; et, après qu’il se fut assis, ses disciples s’approchèrent
de lui. Puis, ayant ouvert la bouche, il les enseigna, et dit: … » (Mt 5,1-2)
Le discours sur la montagne, c’est la nouvelle Torah apportée par Jésus. Moise n’avait pu rapporter sa Torah qu’en s’enfonçant d’abord dans
l’obscurité de Dieu sur la montagne. La Torah de Jésus implique l’immersion dans la communion au Père, la descente dans la communion de vie
des hommes et de leur souffrance.
Les Béatitudes nous dévoilent un portrait de Jésus, elles nous révèlent le mystère du christ lui-même : lui qui n’avait où reposer la tête
(Mt 8,20) il est le vrai pauvre ; lui qui peut dire de lui-même
« Devenez mes disciples car je suis doux et
humble de cœur » (Mt 11,29) il est véritablement doux ; il est le véritable cœur pur, lui qui contemple Dieu face à face, en permanence.
«Or, Moïse était un homme très humble, plus qu’aucun homme sur la face de la terre. » (Nb 12,3)
Comment ne pas penser à la parole de Jésus :
« Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je
suis doux et humble de cœur ; et vous trouverez du repos pour vos âmes. » (Mt 11,29)
Le Christ est le nouveau Moïse, le vrai Moïse (Telle est la pensée fondamentale qui traverse tout le Sermon sur la montagne)
A travers son Evangile, Jésus parle à Israël de manière nouvelle et continue. Il y a une continuité de l’histoire de Dieu avec l’humanité et
du tournant opéré par Jésus (Dans le Nouveau Testament, ce qui est déterminant, ce n’est plus la
« chair »
(la descendance physique d’Abraham) mais
« l’Esprit » c’est-à-dire l’appartenance à l’héritage de
la foi et de la vie d’Israël au moyen de communion avec Jésus-Christ.)
«Je ne suis pas venue abolir mais accomplir la Loi et les prophètes » dit Jésus. (Mt 5,17-19) Ce qui
frappe c’est que Jésus expose le rapport entre la Torah et Moïse et la Torah du Messie sous forme d’une série d’antithèse :
« vous avez appris qu’il a été dit aux anciens… et moi je vous dis »
Le
« Et Moi Je… » de Jésus s’affirme avec une autorité qu’aucun maître de la loi ne peut se permettre.
Il n’enseigne pas comme le font les rabbis mais « en homme qui a autorité » (Mt 7,28-29 ; cf Mc 1,22 ; Lc 4,32) La
« frayeur » est celle que l’on éprouve du fait qu’un homme ose parler avec l’autorité de Dieu.
Ce
« Je » de Jésus incarne la communion de volonté du Fils et du Père, c’est un « Je » qui écoute et
qui obéit et qui nous apprend à discerner ce qui est juste et bon.
Dans les antithèses du Sermon sur la montagne, Jésus ne se présente pas comme un rebelle ou un libéral mais comme l’interprète prophétique de
la Torah, comme celui qui ne l’abolit pas mais l’accomplit. Le Christ est sur la montagne et il prend la place de la Torah.
L’évangile de JEAN repose sur une connaissance extraordinairement précise des lieux et de l’époque. Il raisonne et argumente entièrement à
partir de l’Ancien Testament, de la Torah.
« Celui qui croit en moi : des fleuves d’eau vive jailliront de son cœur, comme dit l’Ecriture »
(Jn 7,37-38)
A l’arrière plan, nous avons la fête des tentes. Le rite de cette fête consistait à puiser de l’eau dans la source de Siloé afin de pouvoir
faire des libations dans le Temple durant les 7 jours que durait la fête. Le 7ème jour, les prêtres tournaient 7 fois autour de l’autel avec
le récipient d’eau avant de procéder à la libation.
La fête était à l’origine, une prière pour demander la pluie car le pays était menacé par la sécheresse. Ensuite il commémorait un épisode de
l’histoire du salut, c’est-à-dire l’eau que Dieu a fait jaillir du rocher pour les hébreux, dans le désert, malgré leurs doutes et leurs peurs.
(Nb 20,1-13) Finalement l’eau jaillissant du rocher était devenue progressivement un thème de l’espérance messianique. Durant la marche dans
le désert Moïse donna le pain du ciel et l’eau du rocher. Par conséquent on attendait du nouveau Moïse, du Messie, ces 2 dons essentiels de
la vie : le pain et l’eau. Ce don de la vie se reflète bien dans une lettre de Paul :
« Frères, je ne veux
pas que vous ignoriez que nos pères ont tous été sous la nuée… qu’ils ont tous mangé le même aliment spirituel, et qu’ils ont tous bu le même
breuvage spirituel, car ils buvaient à un rocher spirituel qui les suivait, et ce rocher était Christ. » (1Co 10,1.3-4)
Jésus répond à cette attente, cette espérance durant le rite de l’eau. Il est le NOUVEAU MOISE. Il est lui-même le nouveau rocher qui dispense
la vie. Comme il se révèle comme le pain véritable venant du ciel dans le discours du pain de vie (Jn 6,35s), de même il se présente, de
manière analogue à ce qu’il a déjà dit à la Samaritaine, comme l’eau vive à laquelle l’homme aspire dans sa soif la plus profonde, la soif
de vie, de
« vie en abondance » (Jn 10,10) ; d’une vie qui ne serait plus marquée par les besoins
qu’il faut assouvir en permanence, mais d’une vie qui jaillirait d’elle-même de l’intérieur. Jésus répond aussi à cette question : comment
boit-on cette eau de la vie ? Comment vient-on à la source, comment peut-on la puiser ?
« Celui qui croit
en moi… » Croire en Jésus, voilà la façon de boire l’eau vive, de boire la vie qui n’est plus menacée par la mort.
Dès le début, dans le récit de la vocation des disciples, l’évangéliste écrit
« Philippe rencontra Nathanaël,
et lui dit : Nous avons trouvé celui de qui MOÏSE a écrit dans la loi et dont les prophètes ont parlé, Jésus de Nazareth, fils de
Joseph. » (Jn 1,45) Exposer et justifier cet énoncé, tel est le contenu ultime du discours de Jésus. Il ne rompt pas avec la Torah,
mais il éclaire tout son sens en l’accomplissant entièrement.
LE LIEN ENTRE MOÏSE ET JESUS se manifeste à la fin du prologue de Jean (Jn 1,16-18)
« Et nous avons tous reçu
de sa plénitude, et grâce pour grâce ; car la loi a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus–Christ. Personne
n’a jamais vu Dieu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, est celui qui l’a fait connaître. »
Jésus est le Moïse définitif, Le Grand Moïse, le
« prophète » que Moïse avait annoncé
(
« Je leur susciterai du milieu de leurs frères un prophète comme toi, je mettrai mes paroles dans sa bouche,
et il leur dira tout ce que je lui commanderai. » Dt 18,18) Ce n’est donc pas un hasard si, à la fin de la multiplication des pains
(Jn 6,1-15) et avant d’instaurer Jésus comme roi que l’on trouve ces réactions :
« c’est vraiment lui le
grand prophète, celui qui vient dans le monde » (Jn 6,14) Pareillement, après l’annonce de l’eau vive après la fête des tentes, les
gens disent
« c’est vraiment lui le grand prophète ! » (Jn 7,40)
Comme nous l’avons vu Moise a parlé face à face avec Dieu lui-même
« comme on s’entretient d’homme à homme »
(Ex 33,11 ; cf. Dt 34,10) C’est seulement parce qu’il a parlé avec Dieu lui-même qu’il a pu apporter aux hommes la parole de Dieu.
Mais cette présence immédiate de Dieu qui constitue le cœur même de la mission de Moise comme sa raison intime est néanmoins assombrie. Car,
au moment où l’on évoque son amitié, son rapport direct avec Dieu, la demande de Moise qui dit
« laisse-moi
contempler ta Gloire » reçoit immédiatement la réponse suivante :
« Quand passera ma Gloire, je te
mettrai dans le creux du rocher et je t’abriterai de ma main jusqu’à ce que j’ai passé. Puis je retirerai ma main et tu me verras de dos,
mais mon visage, personne ne peut le voir » (Ex 33,18-23)
La pensée juive est arrivée à ceci : La torah est-elle une nourriture qui rassasie l’homme ? Oui la Torah est du « pain » venu de Dieu mais elle
nous montre, pour ainsi dire, que le DOS de Dieu, elle est
« ombre ». « Le
pain de Dieu c’est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde » (Jn 6,33) Lorsque les auditeurs ne comprennent toujours pas,
Jésus répète encore plus clairement
« Moi Je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura plus jamais
faim ; celui qui croit en moi n’aura plus jamais soif » (Jn 6,35)
La clé déterminante pour l’image de Jésus transmise par Jean se trouve dans l’énoncé à la fin du prologue :
« Dieu, personne ne l’a jamais vu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, c’est lui qui a conduit
à le connaître » (Jn 1,18) Seul celui qui est Dieu, voit Dieu, donc Jésus. Il parle véritablement à partir de la vision du Père,
il parle à partir du dialogue perpétuel avec le Père, un dialogue qui constitue sa vie. Si Moïse n’a seulement pu voir le dos de Dieu, alors
Jésus par contre est la Parole qui vient de Dieu, à partir de la contemplation vivante et de l’union avec Lui.
Israël devient ce qu’il est c’est-à-dire le peuple de Dieu par la TORAH, la Parole de Dieu indiquant le chemin et conduisant à la vie. Israël a
pris de plus en plus clairement conscience du fait que c’était vraiment là le don fondamental et durable de Moise et, que le signe distinctif
d’Israël consistait à connaître la volonté de Dieu et ainsi le juste chemin de la vie.
La loi est devenue une Personne. Dans la rencontre avec Jésus, nous nous nourrissons pour ainsi dire du Dieu vivant lui-même, nous mangeons
vraiment le pain descendu du ciel.
Lorsque Moïse s’entretenait avec Dieu, il montait sur la montagne, lieu de révélation et d’élévation...
SUR LA MONTAGNE
« Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean et les emmène seul sur une haute montagne ».
(Mc 9,2) Nous retrouvons ces disciples au mont des oliviers (Mc 14,33) Ces 2 scènes (la Transfiguration et le mont des Oliviers) sont
indissociablement liées. On ne peut ignorer le rapport avec le chapitre 24 de l’Exode où Moïse, dans sa montée prend avec lui Aaron, Nadab et
Abiu, mais aussi 70 des anciens.
« Dieu dit à Moïse : Monte vers l'Eternel, toi et Aaron, Nadab et Abihu, et
soixante–dix des anciens d'Israël, et vous vous prosternerez de loin. Moïse s’approchera seul de l’Eternel ; les autres ne s’approcheront pas,
et le peuple ne montera point avec lui » (Exode 24,1-2)
La montagne est le symbole du lieu d’élévation, non seulement d’ascension extérieure mais aussi d’élévation intérieure. La montagne
comme libération du fardeau de la vie quotidienne, comme respiration de l’air pur de la création, la montagne du haut de laquelle on embrasse
l’étendue de sa création et sa beauté, la montagne qui me donne une élévation intérieure et qui me fait pressentir le créateur. A partir de l’histoire s’ajoute à tout cela l’expérience du Dieu qui parle et l’expérience de la passion, avec son apogée dans le sacrifice d’Isaac, dans le sacrifice de l’agneau, préfiguration de l’agneau définitif sacrifié sur la montagne du Golgotha.
La montagne est le lieu de prière de Jésus, de son face à face avec le Père. C’est pour cela qu’elle est aussi le lieu de son
enseignement, qui procède de l’échange intime avec le Père. C’est le nouveau Sinaï.
La puissance de la révélation au Sinaï avait à ce point effrayé le peuple qu’il dit à Moïse
« Toi parle-nous
et nous écouterons mais que Dieu ne nous parle pas, car ce serait notre mort » (Ex 20,19)
Maintenant Dieu parle tout près de nous, il s’est fait homme et parle aux hommes. Mais nombreux sont ceux qui trouvent le scandale de la croix
intolérable, plus que le tonnerre sur le Sinaï (
« Plusieurs de ses disciples, après l’avoir entendu, dirent :
Cette parole est dure ; qui peut l’écouter ? » Jn 6,60) et pourtant
« sans une mort » il
n’existe pas de communion avec Dieu.
« Et il fut transfiguré devant eux » continue Marc avec simplicité (Mc 9,3) Les mots dont dispose Matthieu
sont déjà plus grandioses
« Son visage devint brillant comme le soleil et ses vêtements blancs comme la lumière » (Mt 17,2)
Luc est le seul à évoquer le but de leur montée :
« Il alla sur la montagne POUR PRIER » avant
de relater l’événement dont les trois disciples sont les témoins
« Pendant qu’il priait son visage apparut
tout autre, ses vêtements devinrent d’une blancheur éclatante » (Lc 9,29) La transfiguration est un événement de prière. Ce qui
devient visible c’est ce qui se passe quand Jésus parle avec le Père, l’intime unité de son être avec Dieu, qui devient pure lumière. Dans
son union avec le Père, Jésus est lui-même lumière de lumière.
C’est ici que se manifeste tout à la fois le rapport et la différence avec la figure de MOISE :
« Lorsque
Moïse descendit de la montagne du Sinaï, ayant en main les 2 tables de la charte de l’Alliance, il ne savait pas que son visage rayonnait de
lumière depuis son entretien avec le Seigneur » (Ex 34,29) Du fait qu’il parle avec Dieu, la lumière de Dieu rayonne sur lui et le
fait rayonner lui-même. Mais il s’agit d’un rayon qui arrive sur lui de l’extérieur, et qui le fait resplendir ensuite.
Jésus, lui
resplendit de l’intérieur, il ne fait pas que recevoir la lumière, il est lui-même lumière de lumière.
Et pourtant le vêtement blanc de lumière que porte Jésus lors de la transfiguration parle aussi de notre avenir. Dans la littérature
apocalyptique, les vêtements blancs sont l’expression des êtres célestes – les vêtements des anges et des élus. Ainsi l’apocalypse de Jean
parle des vêtements blancs que porteront ceux qui seront sauvés (cf. Ap 7,9.13 ; 19,14) Mais nous est aussi communiqué quelque chose de nouveau :
les vêtements des élus sont blancs parce qu’ils sont lavés et blanchis dans le sang de l’agneau (cf. Ap 7,14) Ce qui signifie que, par le
baptême, ils sont liés à la passion de Jésus et que sa passion est la purification qui nous rend le vêtement d’origine que nous avons perdu
par le péché (cf. Lc 15,22) Par le baptême, nous avons été revêtus de lumière avec Jésus et nous sommes devenus nous-même lumière.
Sur la montagne Moise et Elie avaient pu recevoir la révélation de Dieu et là ils s’entretenaient avec celui qui est la Révélation de Dieu en
personne : quel était le sujet de dialogue de Elie et Moïse avec Jésus ? Luc est le seul à en parler : la croix
(
« Et voici, deux hommes s’entretenaient avec lui : c’étaient Moïse et Elie, qui, apparaissant dans la gloire,
parlaient de son départ qu’il allait accomplir à Jérusalem. » Lc 9,30-31) Mais il faut la comprendre dans toute son extension
en tant
« qu’exode de Jésus » . C’est une traversée de la
« mer Rouge »
de la passion et un passage vers la gloire mais qui porte néanmoins les traces de la passion. Cette passion apporte le salut, elle est envahie
par la gloire de Dieu, elle devient lumière, liberté et joie.
« Une nuée vint les couvrir et de la nuée sortit une voix : celui-ci est mon fils bien-aimé,
écoutez-le» (Mc 9,7) La nuée sacrée, la
shekhinah, est le signe de la présence de Dieu
lui-même. La nuée au-dessus de la Tente de la Révélation indiquait la présence de Dieu. (
« Alors la nuée
couvrit la tente d’assignation, et la gloire de l’Eternel remplit le tabernacle » Ex 40:34 ) Jésus est la tente sacrée au-dessus de
laquelle se trouve la nuée de la présence de Dieu et à partir de laquelle cette nuée
« couvre de son ombre » les autres.
Cette proclamation solennelle de Jésus comme
« Fils » est suivie de l’injonction
« Ecoutez-le » . Ici, la relation avec la montée de MOÏSE sur le Sinaï apparaît de nouveau clairement.
Sur la montagne Moïse a reçu la Torah, la parole d’enseignement de Dieu. A présent il nous est dit de Jésus :
« écoutez-le » Voici le commentaire pertinent qu’en donne Hartmut Gese :
« Jésus est devenu Parole de la Révélation divine elle-même. Il était difficile aux évangélistes de le dire plus clairement, plus énergiquement : Jésus est la Torah elle-même » C’est aussi la fin de l’apparition dont cette parole résume le sens profond. Les disciples doivent redescendre avec Jésus et s’imprégner sans cesse de cette parole :
« écoutez-le »
Sur la montagne, dans l’entretien de Jésus transfiguré avec la Loi et les Prophètes, ils comprennent que l’heure de la vrai fête des Tentes
est venue. Sur la montagne, ils apprennent que Jésus est lui-même la Torah vivante, la Parole complète de Dieu. Sur la montagne, ils voient
la
« puissance » du Royaume, qui vient dans le Christ.
CONCLUSION
« L’Eternel, ton Dieu, te suscitera du milieu de toi, d’entre tes frères, un prophète comme moi : vous
l’écouterez ! » (Dt 18,15) Nous avions vu que le Deutéronome, dans lequel se trouve cette prophétie, se termine par
« Il ne s’est plus jamais levé en Israël un prophète comme Moïse, lui que le Seigneur rencontrait face à face »
(Dt 34,10) Jusqu’alors la grande promesse n’avait pas été exaucée. Maintenant Il est là ; lui qui est dans le sein du Père, le seul qui l’ait
vu et qui parle à partir de cette vision, celui dont il est dit
« Ecoutez-le » (Mc 9,7 ;
Dt 18,15) La promesse de Moïse est plus qu’exaucée, elle est tenue de la manière débordante dont Dieu a l’habitude de donner. Celui qui est
venu est plus que Moïse, il est plus qu’un prophète, IL EST LE FILS. C’est pourquoi la grâce et la vérité se manifestent maintenant, non pas
comme la destruction mais comme l’accomplissement de la loi.
Demandons à Jésus la grâce de pouvoir mieux le connaître, lui le nouveau Moïse, le Fils de Dieu et de pouvoir mieux
« l’écouter » afin qu’il nous amène au Père et que nous recevions les révélations que le Père
veut nous donner !
« Qui voit Jésus, voit le Père » (Jn 14,9) Ainsi le disciple qui marche avec Jésus se voit
impliqué dans la communion avec Dieu le Père. Dans une prochaine newsletter, nous nous plongerons davantage dans cette relation de Jésus
à son Père…
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